mercredi 25 janvier 2012

                                    ’’Si tu as faim, chante, si tu as mal, ris!’’
                                                                                                                       Dicton yiddish





Pour plus d'infos sur le Prix Humour de Résistance:







Germaine Tillion et l’Humour de Résistance.


Peut-on rire de tout ? Peut-on se rire de tout ?

Cette question à double facette, plus essentielle et plus fondamentale qu’il n’ y paraît, en particulier ces derniers mois à l’occasion de quelques guillonesques et autres dieudonnesques  commentaires à tête fouineuse, a été maintes et maintes  fois posée et reposée sans que jamais, ou presque, aucune réponse satisfaisante et complète, ne serait-ce que théorique, ne lui ait été apportée ;  même si son auteur le plus connu, Pierre Desproges, en  avait partiellement et fort subtilement  esquissé un début de réponse avec un brin de pensée, (je ne veux pas évoquer ici la couleur marron de certaines chemises !), et en  un clin d’œil… de verre de gris,  oserais-je même dire, envers  l’homme " du détail " qui n’ a ni regrets ni remords  et dont nous rappellerons à son sujet la phrase de ce cher Alexandre Vialatte, : «  L’Homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau ! »

A cette fondamentale interrogation, « peut-on rire de tout ? »,  seule, à ma connaissance,  l’héroïque et admirable résistante, au sens le plus total, le plus élevé et le plus pur de ce mot, Germaine Tillion,  a pu nous apporter une réponse sans ambigüité ni faille, tant du point de vue de son vécu , sa pratique et son observation ethnologiques que par la  force de son caractère et par sa capacité existentielle à la vivre dans sa chair et dans son cœur , en particulier durant toute la période où elle séjourna au camp de Ravensbrück d’octobre 1944 à avril 1945.


Dans la Résistance, Germaine Tillion revendique le droit de rire : « Nous pensons que la gaieté et l’humour constituent un climat intellectuel plus tonique que l’emphase larmoyante. Nous avons l’intention de rire et de plaisanter et nous estimons que nous en avons le droit.  L’humour fait partie des valeurs de la Résistance »


« J'ai écrit une opérette, une chose comique, parce que je pense que le rire, même dans les situations les plus tragiques, est un élément revivifiant. On peut rire jusqu'à la dernière minute. »,  écrit-elle.


http://blogs.rue89.nouvelobs.com/droles-de-gammes/2009/04/19/quand-germaine-tillion-ecrivait-une-operette-en-deportation

En octobre 1944, trahie, arrêtée et déportée depuis un an à Ravensbrück pour faits de résistance, Germaine Tillion se lance clandestinement dans l'écriture d'une opérette-revue, Le « Verfügbar* aux enfers », du nom que leur avait donné les SS. 

C'est l'un des textes les plus surprenants et certainement le plus drôle parmi tous ceux qui proviennent des camps de la mort nazis : dévoilement des crimes, colère déguisée en rire, coalition de l'amitié, œuvre unique dans l'histoire et le vécu de l'univers concentrationnaire, que Germaine Tillion a écrite et composée cachée des SS dans une caisse en carton.



Le titre résume parfaitement la démarche de l'auteur en soulignant l'enfer des camps nazis tout en faisant un clin d'œil à une opérette d'Offenbach ("Orphée aux enfers").
Humour noir teinté d'autodérision, quand Germaine Tillion évoque par exemple "un camp modèle avec tout confort, eau, gaz, électricité", le chœur répond: « gaz surtout !» ; elle seule pouvait écrire cette phrase à la résonnance tragi-comique portée à son paroxysme, et personne d’autre qu’elle!

Tandis que ses compagnes déchargent les wagons qui arrivent de toute l'Europe, Germaine Tillion leur fait chanter, sur des airs connus de l'époque, de nouveaux textes qu'elles écrivent ensemble, de façon à se moquer d'elles-mêmes et de leurs conditions de (sur)vie ; Cette distanciation de la souffrance par l'humour ayant  pour fonction, notamment, de les éclairer sur le système qui les écrase, n’oublions pas qu’elle était ethnologue !, mais aussi de redonner vie à la seule chose qui pouvait  leur éviter de sombrer : l'espoir ; ainsi donc, dans un camp où la mort semblait être l'unique issue, elles ont  résisté et survécu par le rire, la musique et le verbe ! Elles ont ri de tout, c’est tout ce qui leur restait mais, comme le disait ce grand poète de l’humour, Raymond Devos, « Tout, ce n’est pas rien ! »




Lors de la première représentation du ’’ Vervfügbar aux enfers’’ au Théâtre du Chatelet, en juin 2007 , un an avant la mort de Germaine Tillion, celle-ci expliquait, de son tendre et généreux sourire  aux spectateurs présents dans la salle, quelque peu gênés de leurs propres rires  que le plus bel hommage qui pouvait lui être rendu était, à leur tour, d’en rire, en des rires fraternels, de compassion et d’amour, de ce rire  qui se situe à l’extrême opposé  de l’ironie piquante, de la moquerie souvent méchante ou gratuite et de la blague malodorante de celui  qui rit, souvent bien platement,  aux dépens de l’autre, de son malheur, de sa différence ou de ses travers et qui tente souvent d’entraîner dans des bas-fonds parfois cloaqueux des comparses d’intolérance .

’’ On peut rire de tout’’, assurément, cher  Pierre Desproges, ’’ mais pas avec tout le monde’’  en effet; le rire, bien fréquenté, en belle et bonne compagnie nous rapproche alors des dieux, qui peut-être, du moins pour ce qui les concernent,  ont eu le tort de nous le laisser et ce  pour notre plus grand bien ; nous pouvons alors, en gravissant un échelon atteindre ce niveau supérieur d’humour symbolisé, de manière certes fortuite mais sublime, par la contraction en ce nom  des mots HUMain et aMOUR.

http://www.dailymotion.com/video/x8zir0_germine-tillion-et-le-verfugbar-aux_music



«Je twisterai les mots s’il fallait les twister pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez »

                                                                                 Jean Ferrat,
                                                                         Nuit et brouillard , 1963


Souhaitant apporter notre petite pierre pour contribuer à conserver  et perpétuer à tout jamais en nos mémoires et en celles des générations futures cette extraordinaire et exceptionnelle attitude d’« Humour de résistance » unique dans les annales concentrationnaires,  et témoigner ainsi de la force de l’humour, La Maison du Rire et de l’Humour de Cluny, décida à l’unanimité de ses membres,  avec grande émotion et gravité,  de décerner à titre posthume à Germaine Tillion son 3ème  ‘’ Prix de l’Humour de Résistance ’’, pour rappeler et prouver, s’il en était besoin, que l’Humour, cette ’’ Politesse du  désespoir ’’ (Boris Vian, Chris Maker ?) n’en est pas moins ’’ La seule chose absolue dans un monde comme le notre ’’ comme le disait Albert Einstein et une affaire bien plus sérieuse qu’il n’y paraît : tout comme le prince des humoristes, ce bon vieil Alphonse Allais d’Honfleur, ’’nous ne plaisantons jamais avec l’humour !’’.

« L’humour », a dit l’écrivain Doron Rabinovici, «nous aide à supporter la douleur tout en lassant la douleur continuer à faire son œuvre », telle est la grandiose leçon du ‘’Vervfügbar’’, hautement exprimée par Germaine Tillion, leçon  qu’il ne nous faut point et jamais oublier, avec une immense émotion car,  qu'adviendra-t-il de la mémoire du génocide quand nos yeux, ou ceux de nos enfants, seront secs ?


Ce prix fut officiellement proclamé et remis  en la Maison du Rire et de l'humour, le dimanche 25 avril 2009,  journée nationale de souvenir des déportés et du 65ème anniversaire de la libération du camp de Ravensbrück, camp dans lequel le 17 avril  cette opérette-revue fut  interprétée en sa version de concert.

http://www.dailymotion.com/video/x8ziq1_germine-tillion-et-le-verfugbar-aux_music#rel-page-1

P.S: Je vous propose en lien ci-dessous une vidéo enregistrée sur le site " Quatre vies en résistance" où j'évoque Germaine Tillion et son extraordinaire capacité de résistance par l'humour qui nous fit lui décerner en 2010 la " Prix Humour de Résistance"  

http://www.quatreviesenresistance.fr/Explorer/Docu-participatif/39-Allaydach-25-05-2015





* ’’Verfügbar ’’, littéralement ’’disponible‘‘, était le nom donné par les SS à ces femmes qui, refusant de travailler pour eux,  étaient dés lors soumises aux corvées les plus basses et brimades les plus féroces.



N.B : "Le Verfügbar aux Enfers", est édité aux Editions de La Martinière et en Collection Points Seuil)


" Où il n’y pas d’humour, il n’y a pas d’humanité,

Où il n’y a pas d’humour, il y a le camp de concentration ! "

                                                                Eugène Ionesco


LA RÉSILIENCE DANS LES SITUATIONS EXTRÊMES 

PAR
 BORIS CYRULNIK

..." Elle transforme l'horreur en humour..."

                                                                         Boris Cyrulnik


Dès le stade foetal apparaît une mémoire sans souvenirs que précèdent les traces de ce dont nous sommes issus. Ces traces de vie nous submergent ou nous manquent, toujours s'estompent. Différentes formes d'expression, l'art comme le récit, les rappellent à leur façon. Qu'en faisons-nous ? Ancrent-elles nos douleurs ou sont-elles factrices possibles de résilience ?

A l'occasion de l'hommage rendu à Germaine Tillion au Panthéon, Boris Cyrulnik revient sur la vie de la résistante française pour développer la théorie de la résilience dans les situations extrêmes.







Pour info:


Voyez ce lien: 



Voyez ce lien:







Etienne MOULRON
Fondateur de la Maison du Rire et de l’Humour de Cluny.










http://lephare1.e-monsite.com/pages/un-musee-une-maison-de-l-umour-et-des-z-arts-z-umoureux-et-pourquoi-pas-tant-que-l-on-y-est-l-inscrire-au-patrimoine.html